Un jeune homme tué
par une arme blanche
dimanche, et c'est tout
le quartier Belle-Beille
qui est touché.
Lied était quelqu'un de bien. Vous
croyez qu'un gars de 27 ans qui
cherche une boutique dans le
quartier pour monter une boucherie
hallal traficote dans la drogue ? Non,
c'est impensable. Je connais bien
mon frère, c'était quelqu'un de carré,
toujours là pour rendre service. Pas
quelqu'un à fréquenter ce milieu.
La famille est abasourdie depuis cet
après-midi de dimanche dernier où
Lied est tombé sous les coups répétés
d'un bras armé d'un couteau,
dans le quartier de Belle-Beille à Angers.
Subissant la même sauvagerie,
son ami, jeune père de famille, est
toujours au CHU d'Angers, tiré d'affaire
semble-t-il, mais avec un
poumon perforé.
Belle-Beille ce n'est pas ce qu'on en dit ailleurs !
Les enquêteurs n'écartent aucune
piste, " mais faire passer cette agression
pour une histoire de drogue,
c'est vouloir salir l'image de notre
communauté. Nous les Arabes, nous
sommes habitués, constamment
stigmatisés. La discrimination, nous
la côtoyons depuis notre plus jeune
âge. Pourtant, ma soeur et mes
quatre frères, nous sommes nés à
Belle-Beille. Nous avons grandi ici
dans un cocon soudé autour de
l'éducation du père. Belle-Beille, ce
n'est pas ce qu'on en dit ailleurs.
C'est un village, tous les jeunes se
connaissent; nos parents connaissent
les parents de nos amis ".
Les souvenirs étalés sur la table, le
grand frère écrase une larme; tend
la photo. On y voit Lied, gamin dans
les bras de son père, devant l'écran
de télé dans la salle à manger du
petit appartement.
" Ca, c'est Lied au Centre Jacques
Tati, comme nous tous, il y passait de
nombreux moments ", reprend le
frère de 3 ans son aîné. " Mardi de la
semaine passée, il est encore venu
me voir, souligne Djamal Zemzoum,
le responsable du secteur jeunesse
du centre. Ce ne sont pas des jeunes
lâchés dans la nature...".
Un travail en usine pour financer l'achat de la boucherie
Autre photo, beaucoup plus récente.
Lied est tout sourire. L'image que le
quartier gardera de lui. Depuis deux
trois jours, une grande solidarité
s'est exprimée dans ce mélange
d'immeubles et de petites maisons
individuelles. Des gens qui connaissent
la famille installée depuis tout le
temps et des inconnus, solidaires
dans la peine.
" Lied se construisait de manière très
positive, reprend Yannick Fonteneau,
de l'Association pour la sauvegarde
de l'enfance et de l'adolescence
(ASEA).Depuis plusieurs années, son
but était de monter une entreprise
dans la zone franche. Ses missions
d'intérim à Boch ou à Nec lui permettaient
de constituer un apport financier
pour ce projet ".
Une marche demain à 14 heures.
Samedi, les amis de la famille vont
organiser une grande marche silencieuse
dans ce quartier où tous ceux
qui se sentent touchés par cette triste
histoire seront les bienvenus, qu'ils
soient du quartier ou non. Le rendez-vous
est fixé à 14heures devant le
Resto-Troc, avenue Notre-Dame du
Lac.
" On a la foi. Le créateur nous a permis
de vivre 27ans avec mon frère.
Aujourd'hui, il nous l'a repris. Il est
bien avec lui. Je ne veux pas que les
gens viennent pour pleurer, mais
pour prendre un peu de sa joie, de
son entrain, de son sourire. Dans ce
mois sacré du Ramadan, il faut que
chacun trouve le bien et le bon dans
ce malheur, sans révolte, sans esprit
de vengeance ", explique, posé, le
grand frère, véritablement touché,
mais pas surpris par cet élan de toute
la population.
La marche partira de ce lieu emblématique
qu'est le Resto-Troc, pour
avancer tout au long de l'avenue
Notre-Dame-Du-Lac, jusqu'aux tours
Gaubert, là où s'est déroulé le drame.
Une stèle sera dressée. Il ne devrait
pas y avoir d'allocution de la famille,
seul un message sur une large banderole
de 5m, encadré de deux portraits
de Lied.